Ash Périer

Outiller les rencontres -- Se situer et co-créer, vers une recherche métissée sur les forêts sous-marines

Orientation : Installation-Performance

Atelier pluridisciplinaire : Atelier Pratiques Situées

Finalité : Approfondie

Date : 2026

Durée : 121 pages

Langue : français

Format : objet éditorial

Mots-clés : art-science, savoirs situés, savoirs indigènes, algue, terrain de recherche, bioacoustique, écologie affective, forêt, recherche-création, extractivisme

Promoteur·ice interne : Didier Demorcy

Promoteur·ice université : Sabrina Parent

Lecteur·ice(s) interne : Fleur Courtois

Lecteur·ice(s) externe : Jade de Cocq

Accès : Interne

Contact : @ASH.PERIER (ouvre dans un nouvel onglet)

ID : 2026-045

Qu’est-ce que ce TFE ?
Je suis étudiante en école d’art à l’ERG, engagée dans le Master approfondi entre l’ERG et l’ULB
dans la continuité d’un Master en Pratiques Situées à l’ERG terminé l’an dernier. Je souhaite
entamer par la suite une thèse en recherche-création : ce TFE en est une étape de travail.
Les enjeux
Je m’intéresse à la manière dont plusieurs types de savoirs — scientifiques, artistiques, locaux —
peuvent se rencontrer, collaborer et former des éventuelles alliances entre différents rapports au
monde, pour travailler ensemble vers un objectif commun : prendre soin des forêts sous-marines de
kelp. Pour mettre cette volonté au travail ici et maintenant, je m’appuie sur un terrain mené en 2025
à Sydney, à la rencontre des scientifiques de la Kelp Forest Alliance, une ONG qui prend soin des
forêts de kelp au niveau international. Sur place, sans l’avoir anticipé, j’ai aussi rencontré des
personnes indigènes déjà en lien avec l’ONG, qui organisaient des cérémonies dédiées au kelp dans
la forêt même où je travaillais.
Tout part donc d’une situation : les enjeux éco-politico-esthétiques des forêts sous-marines de kelp,
en grand danger partout dans le monde. Leur disparition affecte lourdement les vies marines et les
communautés côtières qui en dépendent. Ce sont des écosystèmes souvent « oubliés » — et cette
invisibilisation fait partie du problème — alors qu’elles sont vitales à notre survie : avec le
phytoplancton, elles produisent la majeure partie de l’air que nous respirons. Restaurer et prendre
soin de ces forêts marines demande un travail considérable, qui soulève des questions à la fois
artistiques, politiques, affectives et perceptives. C’est dans ce contexte, où il y a un manque
d’adresse et de connaissance à l’égard de ces forêts, que mon travail peut être utile.
Dans cette recherche, il ne s’agit pas d’un travail d’exhaustivité, mais d’un processus en cours qui
cherche à se situer, à créer des alliances et des amitiés, à prendre soin de relations vers un objectif
commun : prendre soin des forêts. Le kelp devient ainsi « mon milieu » plus que « mon sujet ».
C’est un milieu où je souhaite construire et entretenir des relations qui s’entremêlent et coexistent.
C’est dans cette perspective que je mets en place des outils spécifiques que j’appelle les playful
tools : des outils pour travailler qui tentent de faire liens entre différents rapports aux savoirs, à
faciliter des rencontres et pour s’engager dans un cheminement l’ordre du jeu, générateur de joie.
Ce master approfondi est aussi l’occasion de prendre le temps de chercher, dans la théorie, des
outils pour faire cette recherche autrement que par uniquement la pratique — non pour que la
pratique soit fondée par la théorie ou vice-versa, mais pour co-penser et co-vivre avec une pratique
expérimentale de la recherche.
L’enjeu central, celui dont tous les autres découlent, est le suivant : comment me positionner dans la
continuité des liens tissés sur le terrain, vers une forme réellement commune et utile ? Cela
m’amène à interroger le rapport aux savoirs, et surtout, à lutter contre l’extractivisme des
informations. Comment faire pour que différents savoirs se rencontrent vraiment, sans que l’un
écrase l’autre, sans que l’art devienne une simple « illustration » ou un outil de « communication »
au service des sciences, par exemple ? Il me semble, et c’est ce que j’expérimente ici, que mobiliser
des outils artistiques peuvent ouvrir un espace où convergent des questions esthétiques, éthiques et
le politiques. Questionner le « faire commun » dans cette situation : voilà une nécessité que je
ressens comme politiquement urgente.
De cet enjeu principal se déploient plusieurs autres :
• un enjeu écologique : une nécessité de prendre soin des forêts de kelp.
• un enjeu méthodologique : vers une recherche transdisciplinaire combinant savoirs
scientifiques, savoirs indigènes et pratique expérimentale de recherche-création, depuis un
appui artistique.
• un enjeu théorique, qui découle du précédent : comment faire une recherche « métissée » et
reconnaître non seulement son « parti pris », mais son « corps pris » ?
Concrètement, une opportunité de projet art-sciences-savoirs-indigènes s’est présentée cette année.
Elle soulève quantité de questions esthético-affectivo-éco-politiques, et c’est précisément à quoi sert
ce mémoire dans son état actuel : me positionner face à cette collaboration concrète, tout en
explorant les intérêts méthodologiques qui composent le type de recherche-création que j’aimerais
mener à l’avenir, à travers, je l’espère, une thèse.
Prendre le temps de me situer passe par des lectures, des rencontres et des discussions : ce travail
s’adresse à toustes. C’est important pour moi de travailler à partir d’un terrain ou d’un projet
concret en utilisant les savoirs situés pour ne pas m’inscrire dans une théorie hors-sol. Il est clair
que le commun ne préexiste pas à la rencontre et Sydney fut, dans le cadre de ce travail, une
création de commun. Dans cette perspective, on ne sait pas d’avance ce qu’on va co-créer ensemble
et ce mémoire sert à me déplacer, à expérimenter et à me questionner sur comment préparer au
mieux, en amont, des propositions pour des situations collectives où un commun devient possible.
Qu’est-ce que ça veut dire alors, de suspendre cette volonté de tout « comprendre » pour soulever
des questions affectives et situées qui exigent un pas de côté par rapport à ses propres appuis ?
Le kelp rassemble des enjeux à la fois politiques et poétiques : c’est un écosystème complexe, en
perpétuelle métamorphose. Je cherche à rendre le compliment à ce qui s’est passé sur le terrain, à
l’être kelp, aux rencontres humaines et autres-qu’humaines et à l’agencement de cette expérience.
La structure de ce TFE
Ce TFE est structuré en trois grandes parties, trois « phases », trois temporalités qui ne cessent de se
réactiver au présent et dont l’ensemble constitue « l’actualité de la recherche » :
• Phase 1 — le passé (2025). Cette partie sera un résumé condensé de ce qui a été expérimenté
l’an dernier sur le terrain. Je n’en garde que l’essentiel pour comprendre ce sur quoi s’appuie
la suite. J’y avais consacré tout mon mémoire précédent et cette année ce mémoire se
concentre sur la phase 2. Je vais donc vite dans cette partie et c’est volontaire : c’est pour
rejoindre plus rapidement le présent de la recherche.
• Phase 2 — le présent (2026). Le cœur de ce mémoire. À travers ces chapitres, je me
positionne face à l’opportunité concrète de poursuivre une collaboration art-sciences-
savoirs-indigènes évoquée plus haut, tout en explorant les intérêts méthodologiques qui
préparent la recherche-création à venir.
• Phase 3 — le futur (2027-2028…). Cette phase est très courte pour l’instant, car elle se
réserve à ce qui vient : la direction que je souhaite donner à cette recherche, les projets qui
s’activeront dès septembre, l’équipe rêvée pour la poursuivre et quelques ébauches de
créations. En annexe, appartenant à cette phase du « future », figure un playful tool en cours
d’élaboration. C’est une ébauche, c’est un chantier. Et c’est la forme en devenir qui prolonge
ce TFE et qui est donc placée en annexe parce qu’elle n’est pas prête à être considérée
comme une proposition utilisable ou aboutie en tant que tel. J’y travaillerai dans le futur.

Accès restreint
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